Les zoos humains : pour quoi faire ?
Il y a à peine un siècle, Paris regardait d’autres hommes exhibés comme des objets de curiosité. Ce phénomène a touché toute l’Europe surtout les empires coloniaux dès les années 1890. Plus de quatre cents millions d’occidentaux ont découvert les « sauvages » dans des zoos humains.
I/. Les causes historiques et économiques
Carl Hagenbeck était un importateur d’animaux qui fut dépassé par son succès car il importa plus d’hommes que d’animaux dans les années 1890. Des milliers de personnes venaient voir ces spectacles ethniques. Le directeur du jardin zoologique d’acclimatation de Paris fut l’un des clients d’Hagenbeck. Il commanda des hommes et le jardin zoologique connu alors un succès fou. Le public est avide de spectacle, avide de nouveauté, avide de savoir. « Le fait de venir contempler ces hommes fait œuvre d’éducation. Les savants se sont intéressés à ces hommes pour les mesurer. De plus, au XXème siècle, c’est la période du positivisme, on veut tout savoir. Ainsi on peut contrôler l’autre et c’est pourquoi les Blancs se croyaient supérieurs aux Noirs, enfermés dans des enclos. Les Nègres sont rabaissés au statut d’esclaves et c’est pourquoi on pensait que certaines races étaient plus à même à être civilisées » commente Gilles Boëtsch, anthropologue. De plus, l’américain Barnum fut l’inventeur des cirques aux exhibitions de « monstres », les spectacles anthropo-zoologiques connaissent un succès immédiat mondial.
Des dizaines d’imprésarios courraient alors le Pacifique, l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique à la recherche de population exotique sauvage et spectaculaire. Au total, des centaines de troupes et des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants furent exhibés dans les zoos et expositions, les foires, les cirques ou encore les cabarets. Transportés comme des animaux rares, ces hommes deviennent le fantasme des occidentaux.
II/. L'ethnocentrisme et les expositions universelles
A partir de 1890, les grandes expositions se succèdent dans les grandes villes d’Europe. Par exemple, l’exposition de Bruxelles en 1897, une des plus mémorables. Pour cette occasion, la Belgique avait édifié des villages congolais, pour montrer à ses habitants que la colonie se révélait rentable. Les Congolais étaient dans des enclos, derrière des barrières et les visiteurs pouvaient les observer vaquer à leurs occupations. Parfois, on les forçait à adopter un mode de vie chrétien, certain mourraient car la force était employée. « Sur les grillages qui entouraient ces villages, il y avait des écriteaux qui mentionnaient .Défense de donner à manger aux indigènes, ce qui montre le comportement typique des zoos, l’homme devenait l’animal. Le sauvage est une curiosité à montrer pour de l’argent mais aussi pour montrer aux habitants que la colonisation est bénéfique » explique Jean-Pierre Jacquemin, journaliste. De plus, avec les magazines illustrés et les cartes postales, l’image devient un instrument de propagande, il vulgarise le sauvage dont l’image est mise en scène.
Le public fut convaincu par les savants et les expositions que le sauvage existe, il est donc près à soutenir son pays dans la course à l’empire colonial. Nous pouvons donc en déduire que l’État faisait une propagande avec ces zoos humains.
En 1900, Paris accueille l’exposition universelle avec des spectacles ethniques. « Les visiteurs sont habitués par les zoos humains : l’exhibition est un discours sur soi-même et sur l’organisation du monde » nous dit Pascal Blanchard, historien français. Le sauvage devient un indigène au service de l’empire colonial. Ainsi, les Touaregs de l’Afrique de Nord, les Congolais de l’Afrique Noire, les Indous des Comptoirs des Indes et les populations Indochinoises de l’Asie étaient exhibées à travers toute l’Europe. « Les exhibitions étaient souvent organisées par le gouvernement et la France s’est révélée excellente dans ce domaine » indique John M.Mackenzie, historien.
« On mettait parfois des évènements en scène, comme la reconstitution de guerre entre deus peuples africains. Ces exhibitions, c’était LE spectacle à ne pas manquer. On vient de loin pour les voir. Une troupe est recrutée et elle sillonne l’Europe pendant dix ans environ » John M.Mackenzie «La presse informait les personnes des exhibitions, les affiches recouvraient les murs de village, on distribuait des petites brochures ainsi que des dépliants annonçant le programme. Quand on faisait une troupe, on prenait le soin de prendre une femme enceinte car au moment de la naissance, on marquait à l’entrée du zoo Une naissance au village, tout le monde se pressé et on augmentait le prix » explique Gérard Lévy.
« Ces individus avaient beaucoup de valeur aux yeux de leurs impresarios, on les soignait, on s’intéressait à eux. » affirme Gilles Boëtsch. « Ces troupes étaient sous contrat et rémunérées, mais la rémunération comprenait la nourriture et l’hébergement. Les conditions de travail quant à elles étaient dures ». On a même inventé une population, les Niam-Niam pour satisfaire les visiteurs en quête d’attractions. Les populations d’Afrique Noire étaient très dénigrées et servait de référent négatif dans l’identité collectif mondial.
Les villages coloniaux montraient le corps en lui-même. Parfois, il était vêtu d’habits traditionnel parfois il était nu. « D’une part, le corps représente l’état sauvage mais d’une autre part, il représente la beauté. » John M.Mackenzie. Les Occidentaux aimaient voir ces corps. « Le matin, ils étaient au jardin d’acclimatation pour que les anthropologues les mesurent, l’après-midi, les visiteurs les regardaient et le soir, ils travaillaient dans des cabarets. » nous raconte Gilles Boëtsch.
III/. L'évolution des mentalités
Ces zoos humains rassemblaient des dizaines de millions de visiteurs, c’était un phénomène majeur dans la construction des mentalités. Les zoos constituaient la seule rencontre avec l’autre car peu d’Européens voyageaient. Cette culture coloniale renforça l’idée de racisme. Dans les années 1920, les zoos humains diminuaient car ils reflétaient le pays. Ainsi, ce serait avoué un échec de non civilisation pour l’État. C’est pour cela qu’il faut montrer les indigènes qui s’éduquent, dans des expositions coloniales ; c’est la mission civilisatrice du pays. Mais le public reste avide de ces stéréotypes dégradant. Les zoos humains n’hésitaient presque plus mais l’image négative des sauvages passer par d’autres moyens comme les expositions coloniales le théâtre ou le cinéma. D'ailleurs, un film dont le titre était Baignade de Nègres fut enregistré par les frères Lumière au jardin d’acclimatation de Paris en 1896. Le spectacle se déroulait aux pieds de la Tour Eiffel.
« Pour que le jeu soit intéressant pour tout le monde, on jetait des pièces de monnaie au fond de l’eau et les enfants plongent pour aller les chercher. Ceci avait un côté surréaliste et extraordinaire, vous êtes dans la savane et il y a la Tour Eiffel derrière » raconte Gérard Lévy un expert en photographie. « Venez voyager sans bouger de chez vous, la troupe vient, vous allez voir ces sauvages, affirmaient les organisateurs des expositions. De plus, les costumes étaient faux mais les gens ne le savaient pas. En ce temps, il fallait étonner les gens car ils voyaient l’autre d’une façon extraordinaire. L’autre, l’autre est toujours monstrueux. » Et c’est en 1925 que Josephine Baker arrive avec la Revue Nègre. Cette revue emballait le public parisien d’une part avec les costumes et d’une autre part avec la gestuelle africaine qui était différente de celle occidentale.
Pour achever, en rasant tous les monuments dédiés aux expositions coloniales, on efface les traces des grands zoos du XXème siècle : c’est la preuve du racisme occidentale. Au XXIème siècle, de grands pays rendent les corps des sauvages à leur pays d’origine. Par exemple, « La Vénus anatomique »
Les moulages de ses formes restèrent dans le Hall du Musée de l’Homme jusqu’en 1970. Ce n’est qu’en 2002 que le France rend le corps de cette femme à l’Afrique du Sud.
Conclusion
Les zoos humains ont été crées pour que les Occidentaux découvrent l’autre, le sauvage, il fallait étonner les gens car ils voyaient l’autre d’une façon extraordinaire, c’est le temps de l’exotisme et de l’empire colonial. Celui-ci inclue même les zoos humains dans son discours politique, il montre à ces habitants qu’il est fort, qu’il domine. C’est aussi afin de justifier la colonisation et surtout établir une différence entre les hommes Blancs et les hommes Noirs. C’était une véritable propagande. De plus, le fait de venir contempler ces hommes fait œuvre d’éducation. Les savants se sont intéressés à ces hommes. Et c’est un moyen de se divertir à l’époque.
SOURCE : Les Zoos Humains - Esclavagisme Moderne - Documentaire Arte

