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Interview de deux natives Maghrébines (Groupe 1)

Publié le 4 Mai 2013 par Groupe 1

Denise était en Algérie, et a dû rentrer en France en 1962 quand le pays est devenu indépendant. Paule qui vivait au Maroc est allée en France de son plein grès pour suivre son mari.

 

 

Présentez vous.

Denise : Je m’appelle Denise, je vis à Berk.

Paule : Je m’appelle Paule, je dans une petite ville près de Berk. Je suis née au Maroc.

Où viviez-vous en Algérie ?

Denise : Je suis née aux abords du Sahara, dans un village.

Et au Maroc ?

Paule : Dans une petite ville d’abord et puis ensuite je suis allée faire mes études à Casablanca.

Quel était le  climat de votre région ?

Denise : C’était au bord du Sahara il faisait très très chaud. Et très froid l’hiver.

Paule : C’est pareil pour moi, c’est un petit village, enfin à l’époque c’était un petit village. Il faisait très chaud parce que c’était une cuvette. Et ensuite à Casablanca le climat était quand même marin, agréable.

Viviez-vous dans une ville ou un village ?  Et dans quel genre de relief ?

Denise : Un gros village.

Paule : C’était une cuvette, j’étais entourée de montagnes, là où je suis née. Ensuite, quand je suis partie, c’était au bord de la mer.

Depuis quand votre famille vivait-elle ne Algérie ou Maroc ?

Denise : Depuis 1830. Mes arrières grands parents se sont établis à Alger et les enfants se sont dispersés dans l’Algérie.

Paule : Moi aussi, ils ont démarré en Algérie d’abord en 1830, et ensuite une partie s’est installée au Maroc, pour travailler, pour installer leurs fabriques de liqueurs, de vins, de limonades.

Avant l’indépendance de votre pays respectif, les français étaient-ils bien intégrés dans le milieu Maghrébin ?

Paule : Oui particulièrement au Maroc, j’étais très bien acceptée. Surtout dans les petits villages comme ça, tout le monde se connaissait. Bon naturellement il y avait par-ci par-là du racisme mais bon ça allait quand même.

Restiez vous plus avec des français ou étiez vous plus proches des Algériens/Marocains ?

Denise : On se mélangeait, on allait à l’école ensemble, on travaillait et on jouait ensemble.

Avez-vous connu de près ou de loin la guerre pour l’indépendance de l’Algérie et du Maroc, et est-ce que cela vous effrayait-il ?

Denise : J’ai connu la guerre d’Algérie de 54 jusqu’à 62 où j’ai été rapatriée et j’avais très peur.

Paule : Dans les villes il n’y avait pas de problèmes, on vivait assez bien. C’est les Colons qui subissaient des assassinats, des vengeances en quelques sortes.

Y avait-il des attentats, des révoltes ?

Denise : En Algérie oui.

Paule : Des révoltes oui. Mais par sympathie pour le peuple Algérien qui était en train de se battre.

Vouliez-vous que votre pays devienne indépendant ?

Paule : Je n’avais rien contre, j’admettais l’idée de l’indépendance. Ce n’était pas chez nous, on vivait chez eux.

Denise : Le problème des français en Algérie c’est qu’ils se sentaient peu chez eux.

Cela vous dérangez-t-il d’aller en France, un pays où vous n’étiez jamais allées ?

Denise : Personnellement j’étais contente d’aller en France. J’ai vécu dans un village, j’étais heureuse de connaître d’autres horizons.

Paule : Moi je suis partie en France en 72 pour suivre mon mari qui y était affecté.

Connaissez-vous des personnes qui se sont battues pour la guerre d’Algérie ?

Denise : Oui, mon père, et mon mari qui a été blessé. Ca faisait énormément de peine de voir ces petits jeunes mourir.

Paule : Moi j’étais au Maroc mais mon cousin est parti se battre ne Algérie parce qu’il était français. J’ai un qui est mort là-bas. J’avais beaucoup de peine quand on voyait des petits soldats français qui étaient tués en Algérie. Ca ça me choquait parce qu’il défendait un  pays qui n’était plus le leur.

Quel âge aviez-vous quand vous avez appris que vous deviez aller en France ?

Denise : 20 ans

Paule : 35 ans

Qu’avez-vous ressenti à cette nouvelle ?

Denise : J’étais contente parce que j’allais connaître d’autres horizons. Et puis mon mari, mon fiancé à l’époque, vivait en France ! Il a été rapatrié d’Algérie mais est parti avant l’indépendance.

Pouvez-vous nous faire partager vos sentiments à cette époque ainsi que ceux de vos proches ?

Denise : Mes parents ne voulaient pas quitter l’Algérie. Ils ont dû abandonner leurs meubles et même toutes nos affaires. On est partis avec une valise, c’est tout. On a tout abandonné : les meubles, les amis, le chien. Cela m’a fais énormément de peine. Mon mari a déménagé comme il était parti avant l’indépendance. Moi j’ai dû tout laisser. Même les bateaux français étaient en grève et c’est un bateau allemand qui nous a embarqués.

Connaissez-vous des personnes qui étaient heureuses de partir ou alors qui ne voulait en aucun cas quitter leur pays natal ?

Denise : J’ai connu des personnes qui n’ont pas voulu quitter mais nous on est partis de notre plein grès donc nous n’avions pas de problèmes de ce coté là.

Certaines personnes ont-elles réussi à ne pas quitter le pays ?

Denise : Les Religieuses et les Pères blancs. Quelques temps après on a retrouvés les religieuses égorgés malheureusement. Mais après l’indépendance les Pères blancs sont restés mais on les a forcé à quitter le pays.

N’aviez-vous vraiment pas le choix de partir ? Si vous aviez eu l’occasion de rester en Algérie ou au Maroc seriez-vous restées ? 
Denise : Pour moi, l’Algérie c’était devenu trop dangereux. Il fallait quitter l’Algérie ! On y était obligé d’ailleurs. L’indépendance a été signé en 62 et ça a été l’exode tout de suite. 


Quels étaient les conditions de voyage pour retourner en France ? Etiez-vous beaucoup dans les bateaux ? Etiez-vous serrez ? 
Denise : Oui, on a laissé pendant plus d’une semaine sur le quai de Bouji…Une semaine a rester en plein soleil, dormir sur les valises ! Parce que les marins français étaient en grève et ce sont des bateaux allemands qui sont venus nous récupérer et ont été cernés par tous les magrébins qui tiraient avec des mitraillettes. Ce qui m’a fait le plus mal au cœur c’est quand ils ont enlevé le drapeau français pour à la place y mettre le drapeau d’Algérie. Et ça ça m’a fait de la peine ! Il faisait tellement chaud qu’un bébé dans un landau sur le quai est mort. Il y avait tellement de monde que ces parents le transportaient à bout de bras pour le laisser respirer mais ils ont pu rien y faire… Cela m’a énormément marqué et ça m’a fait de la peine. Quand je repense à quand j’ai quitté l’Algérie, je pense automatiquement à ça.

Est-ce que beaucoup de personnes pleuraient ? En faisiez-vous parti ? 
Denise : Oui, j’ai pleuré.

Quand vous êtes arrivées en France qu’avez-vous pensé de ce pays ? Etiez-vous déprimées ou alors est-ce que ce pays vous plaisait ? 
Paule : Moi j’ai eu un accueil chaleureux, magnifique dans le nord d’abord. J’ai été très très bien accueillie. Pour rien au monde je serais repartie.
Denise : Moi j’ai débarqué à Berck en 62 et maintenant au déclin de ma vie je reste toujours à Berck, parce qu’on y est très bien accueilli. 
Paule : Les gens avaient vraiment le soleil dans le cœur. 
Denise : Ce qui me manque le plus, c’est de montrer à mes petits enfants mes racines. Par exemple, montrer la maison de leurs arrières grands-parents, montrer le cimetière où sont enterrés les grands-parents…
Paule : Mon père est mort à la guerre mais son corps a été ramené au Maroc, donc sa tombe est au Maroc. 
Denise : Les parents de Papi et de Mami sont restés au Maroc.

Comment a été votre intégration ? Etait-ce difficile et quels ont été vos sentiments ? 
Denise : Moi j’ai été bien accueilli à Berck… Mais on avait beaucoup de réflexions parce que les gens confondaient pieds-noirs et arabes. Ils me demandaient si j’étais française ! Alors ça, ça me tuait ! 
Paule : Mon beau-père a moi m’a demandé si j’avais un passeport français, il avait du mal à penser que j’étais française parce que j’arrivais du Maroc. Mais bon, c’est un manque d’information parce qu’il était très gentil. 
Denise : Et papi comme il était brun, les gens étaient persuadés qu’il était algérien.

Connaissez-vous des personnes qui ont eu énormément de mal à s’intégrer ? 
Denise : Oui mais les rapatriés d’Algérie ont été obligé de s’intégrer, il n’y avait pas d’autres solutions. Mais oui, on était malheureux, ça a bien duré un an pour se faire accepter. 
Paule : Moi j’ai encore beaucoup d’amis qui sont au Maroc encore maintenant ! 
Denise : Tandis qu’en Algérie non ; on était obligés de quitter.

Etiez-vous sujet à des discriminations ? Etiez-vous considérés comme Français ou les Français vous prenaient-ils pour des magrébins ? 
Paule : Ils nous prenaient pas pour des magrébins, ils nous reprochaient éventuellement de venir profiter du confort français alors qu’on avait bien profité en Algérie. On était bien ni q’un coté ni de l’autre. 
Denise : Et moi j’avais tellement honte de dire que j’étais née en Algérie que je disais que j’étais née à Saint Raphaël. Parce qu’ils me faisaient des réflexions. Et puis après je me suis trouvée ridicule à faire ça, donc maintenant je dis « Je suis née en Algérie ! ».

En arrivant en France avez-vous gardé le même travail qu’en Algérie ou le même qu’au Maroc ? 
Paule : Oui, on était fonctionnaires, donc on a gardé le même travail.

Vos diplômes étaient-ils toujours ou aussi reconnus en France qu’en Algérie ou au Maroc ? 
Denise : Oui

Connaissez-vous une ou des personnes qui ce sont mal intégrées ? 
Paule : Il y a toujours des nostalgiques. Il faut reconnaître qu’on était heureux là-bas, il y avait du soleil, un très bon climat, de la nourriture magnifique pas chères, de la main d’œuvre pas chère… Et là on a pris conscience de la réalité quand on est arrivés en France. 
Denise : Quand tu quittes un village où il fait toujours plus de 30 degrés et que tu arrives dans le pas de calais…

Maintenant vous sentez-vous bien intégrées en France ?
Denise : Oui mais de temps en temps je retourne sur internet pour revoir mon village, que je ne reconnais plus d’ailleurs, parce que ça fait 50 ans que j’ai quitté l’Algérie.
Paule : Il faut dire que moi je suis bien partout, je m’adapte très très bien. Mais par exemple, quand il y a un match France contre Maroc, et bah je suis pour le Maroc.

A ce jour, aimeriez-vous retourner au Maghreb pour y vivre ou pour les vacances par exemple ? 
Paule : Moi pour y vivre non, mais peut-être pour les vacances éventuellement. Mais je ne sais pas trop… Je ne suis pas nostalgique moi. 
Denise : Au début je voulais y retourner et je me disais que si j’allais en Algérie je n’arriverais plus à retourner en France. Mais maintenant non, je suis bien à Berck.

Avez-vous conservé une culture maghrébine ? Que ce soit alimentaire ou dans vos habitudes. 
Paule : Moi oui hein. J’aime bien la nourriture marocaine. Les français aiment beaucoup le couscous aussi, c’est devenu le deuxième plat national il parait. 
Denise : Oui, moi aussi.

 

 

 

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